Insécurité linguistique chez les enseignants non natifs

J’observerai les difficultés comme l’insécurité linguistique chez les enseignants non natifs. Selon Roussi, ces derniers sont confrontés à cette difficulté dans les cas suivants :

Quand ils ne peuvent pas répondre aux questions spontanées et imprévues sur le lexique malgré leur préparation intense avant le cours, les enseignants se trouvent dans une situation de dépression et « (…) de saper son autorité, de lui dénier sa compétence. » (Roussi 2011 : 250). Les enseignants non natifs sont mis en situation d’insécurité lorsqu’ils ne peuvent pas répondre à la tâche linguistique demandée.

Egalement leur sentiment d’insécurité est variable selon le niveau de la classe. Une enquêtée avoue que « lorsque le niveau de la classe est jugé insuffisant, les professeurs sont davantage à l’aise. » (Roussi 2011 : 251).

D’après les enquêtes de Roussi, l’âge est un autre facteur potentiel de l’insécurité. Un enseignant non natif au Maroc raconte son expérience, où un élève a essayé de le  provoquer en posant une question sur du lexique rarement utilisé car cet enseignant était plus jeune que cet élève.

Les cas d’insécurité linguistique chez les enseignants non natifs ne sont pas exhaustifs. De plus, selon Cicurel, ils rencontrent également des difficultés lors des interaction en cours de langues avec des apprenants.

Dans l’interaction de la classe, il existe une double contrainte entre les règles ou les conventions traditionnelles et les paroles authentiques des apprenants:

« pour enseigner une langue en contexte institutionnel il faut à la fois « tenir » l’interaction, remplir les obligations interactives et permettre une prise de parole individualisée et « fraîche », susceptible de déranger l’ordre interactionnel parce que c’est une parole authentique, non calquée sur des modèles » (Cicurel 2005 : 183).

Il est aussi difficile de maintenir un équilibre entre « un plan de prévu et celui de l’interaction vive». Souvent les apprenants font une rupture thématique qui est hors sujet. Il revient à l’enseignant de choisir d’ignorer cette rupture ou de la traiter comme une extension du thème. Un exemple dans l’ouvrage de Cicurel, il nous est montré comment un enseignant peut « Non pas (de) le modifier totalement mais (d’)introduire une digression en rapport avec le thème. » (Cicurel 2005 : 187)

Il existe une complexité de l’action au niveau de la gestion du temps. Il faut bien contrôler le rythme du cours pour qu’il ne paraîsse ni trop rapide ni trop long. Si l’enseignant consacre beaucoup de temps sur un exercice, il n’y aura probablement pas assez de temps pour les exercices suivants. Quelques fois le silence est un moyen pour régler le problème du temps si le rythme est relativement rapide.

 

Méthode Tomatis: entraînement, évaluation, conclusion

L’entraînement mis en place par “Sound Sense” comprend 2 parties: la phase passive qui est centrée majoritairement sur l’écoute et la phase passive qui comprend l’écoute et la production.

La phase passive

La première partie c’est la phase passive dont le but est de “muscler” l’oreille. Il s’agit d’une sorte de gymnastique qui permet de tendre et de détendre les muscles de l’oreille et de stimuler ainsi tout le système auditif. L’oreille électronique provoque des contrastes sonores en changeant le timbre et l’intensité du son. Le but de l’écoute est de ‘surprendre’ le cerveau et d’attirer l’attention du stagiaire au changement brusque de l’intensité et des fréquences.

D’après Tomatis, il est important de faire la distinction des deux phases : active et passive. Il compare l’apprenant à un enfant qui écoute la voix de ses parents avant qu’il commence à parler. Pour lui, il nécessaire de développer d’abord une écoute attentive chez l’apprenant afin qu’il puisse reproduire les sons correctement.

Ainsi, afin de “muscler” l’oreille, les enseignants proposent à leurs stagiaires d’écouter la musique de Mozart non filtrée dans le casque à conduction osseuse 2 heures par jour pendant 13 jours. Tomatis explique que le choix de Mozart est lié à l’irrégularité rythmique de sa composition et que les contrastes musicaux de sa musique permettent de “surprendre” l’oreille et de la sensibiliser au changement fréquentiel. Il paraît que n’importe quelle autre musique pourrait être utilisée à ce propos, car Mozart bien évidemment n’est pas le seul compositeur dont les pièces ont une irrégularité rythmique. Mais les œuvres de Mozart faisant partie de la musique dite “classique”  peuvent posséder des qualités curatives et utilisées dans des traitements médicaux, ce qui est une pratique assez répandue aujourd’hui.

Pendant cette phase de l’écoute passive les stagiaires travaillent en autonomie à la maison. Leurs actions sont contrôlées à distance par l’enseignant à qui ils peuvent parler des sensations qu’ils éprouvent lors de l’écoute.

Cette phase devrait rendre le stagiaire plus attentif à la mélodie, au rythme, aux sons de la musique. Son attention doit être focalisée au maximum sur ce qu’il entend et sur les sensations qu’il éprouve en entendant tel ou tel son, car il devra pouvoir en parler à son coach après la séance. C’est une sorte de l’entraînement de l’attention de l’écoute. Le fait de devoir se concentrer sur les sons pendant 2 heures par jour peut demander beaucoup d’efforts de la part des stagiaires, surtout s’ils n’en ont pas l’habitude. Donc, forcément, cet entraînement devra leur permettre de garder plus d’attention plus longtemps pendant les cours de la phase active.

Phase active

Après cette phase préparatoire, les stagiaires ont un mois de pause pour qu’ils puissent s’habituer à la sonorité de nouvelles fréquences qu’ils ont appris à entendre. Ils doivent s’habituer à distinguer les moindres nuances sonores dans leur vie quotidienne. Ainsi, en reprenant les cours ils seront prêts à capter plus de détails des sons de la langue qu’ils veulent apprendre (de l’anglais dans ce cas-là).

La deuxième partie correspond à la phase active. Elle comprend la partie d’écoute et de reproduction. Les stagiaires écoutent la parole filtrée (on utilise les filtres passe-haut et passe-bas, c’est-à-dire que les stagiaires écoutent la parole dans les fréquences au-dessus et au-dessous de 700 Hz) et leur propre voix filtrée en même temps qu’ils produisent les phrases. D’après les partisans de cette méthode, nous n’avons pas l’habitude d’entendre notre propre voix, car à cause de la conduction osseuse notre voix nous semble être plus basse qu’elle ne l’est en réalité. C’est pourquoi, pour ne pas “choquer” les stagiaires par la sonorité réelle de leur voix, ils leur font écouter leur voix filtrée dans les fréquences de la langue qu’ils veulent apprendre.

« Il s’agit pratiquement de faire écouter à l’apprenant un message en langue étrangère filtré pour renforcer les zones fréquentielles qui ne sont pas utilisées dans sa propre langue. C’est cette différence de point de vue qui creuse le fossé entre la méthodologie verbo-tonale de correction phonétique en cours de langue qui opère une analyse “locale” par utilisation de “contextes favorisants” mettant en valeur les caractéristiques du son.» (Lauret, 1998 : 00)

Le type de support qui est le plus souvent utilisé c’est le texte du “Petit Prince” de Saint-Exupéry, car selon les enseignants c’est un texte universel, connu de tous les stagiaires, donc il est plus facile à exploiter.

Pendant tout l’apprentissage l’accent est mis surtout sur l’intonation, car l’utilisation de l’intonation appropriée assure une meilleure transmission du message. D’après les enseignants, une personne qui sait ajuster son intonation pourra être mieux comprise par ses interlocuteurs que la personne qui articule correctement les sons, mais qui n’utilise pas l’intonation appropriée. C’est pourquoi, une correction articulatoire n’est presque jamais mise en place par les enseignants.

Afin de sensibiliser l’apprenant au rythme et à l’intonation de l’anglais, les enseignants recourent à l’utilisation du filtre passe-bas, donc ils font entendre les basses fréquences au stagiaire. (Ici on peut faire le lien avec le fœtus qui n’entend que les basses fréquences et qui est plus sensible à l’intonation qu’aux sons particuliers de la parole.)

Les enseignants font parcourir tout l’ensemble des fréquences (“balayage”) aux stagiaires pour que leur oreille s’habitue à une large gamme de fréquences.

La phase active dure autant que la phase passive, c’est à dire, les élèves doivent s’entraîner 2 heures par jour pendant 13 jours. Ensuite, la phase active peut être répétée deux fois si le stagiaire le souhaite. Au bout de 3 répétitions, le cursus est considéré accompli, le résultat maximal est atteint.

Evaluation

Pour l’évaluation, les enseignants recourent au test de l’audiométrie comme au début du cursus. On peut y avoir plusieurs tests intermédiaires pour contrôler le progrès des apprenants.

Selon les praticiens de la méthode, les résultats du premier et du dernier test varient visiblement. Les apprenants font du progrès, ils arrivent à percevoir une plus large gamme de fréquences. Ils apprennent à focaliser leur attention sur de moindres différences sonores ce qui favorisent leur production et compréhension orale des langues étrangères (notamment de l’anglais dans le cas de “Sound Sense”).

Malheureusement, nous n’avons pas eu la possibilité de comparer les deux tests d’évaluation et nous ne pouvons pas savoir si la courbe osseuse descend comme le voulait Tomatis.

Il est à noter que l’audiogramme peut varier beaucoup en fonction de l’état psychologique et de l’attention de la personne à un moment donné. Il me semble que les sons qui apparaissent vers la fin du test peuvent être moins bien perçus à cause de la baisse de l’attention de la part de l’apprenant. Il faut se tenir compte que le test dure 45 minutes ce qui peut être assez fatigant pour lui.

Il est important de savoir que les clients de cette école ont déjà essayé d’autres méthodes dites “traditionnelles” de l’apprentissage des langues et apparemment n’ont pas acquis de résultats satisfaisants. Donc, ils considèrent l’école Tomatis comme leur “dernière chance” d’améliorer leur production en langue étrangère. Ainsi, ils sont très motivés pour montrer le progrès qu’ils ont fait, et il est possible qu’ils soient beaucoup plus concentrés pendant le test final que pendant le premier test.

Le but de l’apprentissage c’est non seulement de rendre les apprenants plus sensibles aux fréquences des autres langues mais aussi d’acquérir un accent neutre américain. Il faut dire que la suppression totale de l’accent n’est possible que dans de très rares cas. Généralement, les stagiaires apprennent à rendre leur accent un peu moins prononcé et arrivent à se servir des outils prosodiques afin de rendre leur discours plus compréhensible.

Conclusion

Le cursus proposé par les écoles Tomatis comprend non seulement l’entraînement acoustique mais aussi tout un travail psychologique. Grâce à un grand nombre de témoignages positifs, les stagiaires viennent ici en cherchant leur dernière chance d’améliorer leurs compétences en langues étrangères. Dans ces écoles ils ont la possibilité de parler de leurs problèmes à un coach de langue et peuvent profiter de son assistance permanente tout au long du cursus. Le coach leur permet de créer de la confiance en eux-mêmes et contribue à une meilleure motivation.

Il est difficile de dire ce qui influence davantage le progrès des apprenants : le travail de psychanalyse mené par le coach ou l’entraînement des organes auditifs. Ou peut-être, c’est l’ensemble des deux approches. Le plus important c’est que le progrès des stagiaires est remarquable et incontestable.

 

Méthode Tomatis: test d’écoute, entretien, équipement

Le public cible de l’école “Sound Sense” ce sont les gens qui ont acquis un niveau plus ou moins élevé en anglais écrit et un niveau plus faible à l’oral. Je n’ai pas d’information concernant leur niveau exacte d’après le CECRL, mais je suppose qu’il s’agit d’un niveau supérieur à A2+. Le but de cette méthode est d’améliorer leur perception et production et d’acquérir un accent neutre américain.

Test d’écoute

Pour que l’enseignant puisse élaborer un système d’apprentissage individuel, les stagiaires doivent passer un test d’audiométrie tonale qui permet d’identifier leur seuil d’audibilité sur les fréquences de 125Hz à 8000 Hz. D’après les enseignants de “Sound Sense”, ce test est conçu pour vérifier la perception de beaucoup plus de fréquences que l’audiométrie “classique”, c’est pourquoi il dure plus longtemps, en moyenne 45 minutes. Il est à noter que ce test ne nécessite pas de conditions spéciales, les enseignants ne recourent pas à l’utilisation d’une chambre sourde.

Les stagiaires sont censés écouter des sons à différentes fréquences dans un ordre aléatoire et doivent confirmer s’ils entendent ou n’entendent pas le son.

Nous reproduisons ci-dessous un exemple d’un test d’audiométrie figurant sur le site de l’école Tomatis qui représente les résultats pour l’oreille gauche et droite. L’axe des abscisses ce sont les fréquences en Hertz et l’axe des ordonnées c’est l’intensité en décibels.

L’audiogramme obtenu montre la conduction osseuse (qui favorise surtout la perception des sons graves) qui est présentée en pointillé sur les schémas et la conduction aérienne (la perception des sons aigus) présentée par la ligne noire.

(Malheureusement, je ne peux pas rendre les images plus nettes, mais je pense que la différence entre la ligne en pointillé et la ligne noire est bien visible)

Il faut dire que ce système d’apprentissage n’est pas conçu pour les gens ayant des problèmes auditifs. Alors, on pourrait se demander pourquoi il faudrait faire les stagiaires passer un test d’audiométrie si détaillé. Il semblerait logique que dans le cas où les stagiaires n’ont pas de problèmes auditifs, leur oreille devrait être sensible à la plupart des fréquences. Je pense que le test de l’audiométrie pourrait être utile même pour les stagiaires ayant une audition normale, car ainsi ils seront sûrs de ne pas avoir de problèmes auditifs et ils croiront davantage à la possibilité éventuelle d’améliorer leur production en anglais, car ils ont la capacité de bien percevoir les sons.

Le but de l’entraînement qui sera mis en place est de créer un écart entre les deux courbes et de faire redescendre la courbe de conduction osseuse. Pour Tomatis, il est plus important de savoir percevoir les sons aigus, que les sons graves, car celui qui perçoit bien les aigus n’aura pas de difficultés à percevoir les graves.

Entretien

Le test d’audition est suivi d’un entretien (qui dure environ 45 minutes également) lors duquel le stagiaire parle de ses problèmes de l’apprentissage des langues et de ses enjeux au coach qui crée pour lui un programme individualisé.

L’enseignant présente les résultats du test de l’audiométrie au stagiaire et lui explique ses problèmes de perception des sons s’il y en a. Il lui montre les schémas présentant les différences fréquentielles des langues en lui expliquant le système de l’apprentissage qu’il suivra. C’est le moment où se crée le contact entre le coach et l’apprenant. A partir de ce moment-là, le coach sera à disposition de l’apprenant, suivra son progrès, sera toujours à son écoute.

Je pense que cet accompagnement tout au long du cursus contribue sûrement au progrès des apprenants. Les gens s’adressent dans ce centre pour obtenir de l’aide, donc c’est important pour eux de bénéficier de l’assistance d’un coach professionnel.

L’équipement

Pour tout le cursus les stagiaires sont munis d’un casque à conduction osseuse avec un vibrateur sur le sommet du crâne qui est appelé aussi “l’oreille électronique”. C’est un appareil qui permet de stimuler l’oreille grâce à l’envoi du son par la voie osseuse (par le vibrateur) et aérienne (envoi vers les oreilles par les écouteurs). Il faut dire que pour Tomatis la perception osseuse est très importante, car d’après lui, on perçoit les sons non seulement par les oreilles mais par tout le corps et par la peau.

Le but de l’utilisation de cet appareil consiste à créer un décalage entre la perception osseuse et aérienne, donc de retarder la passation du son par la voie aérienne. Ainsi, le son est transmis tout d’abord par la voie osseuse vers l’oreille interne et la prépare à la perception du son par la voie aérienne, par le tympan. Il est à noter que ce décalage ne provoque pas d’écho en réalité, car la distance entre les oreilles et l’os du crâne n’est pas assez importante.

Méthode Tomatis: base théorique

Dans un des billets précedents j’ai publié le questionnaire pour l’entretien que j’ai mené auprès de l’école “Sound Sense”, une école-sœur du centre Tomatis, spécialisée surtout sur l’apprentissage de l’anglais oral.

Il faut dire qu’il s’agit d’un système d’enseignement complémentaire qui aidera les stagiaires à mieux percevoir et donc à mieux produire les sons de l’anglais américain. Les stagiaires qui ont suivi ce cursus témoignent des résultats remarquables, pourtant la base théorique sur laquelle cette méthode est fondée est souvent contestée par les chercheurs. C’est pourquoi cette question a attiré mon attention.

Dans ce billet je vais expliquer les principes généraux de cette méthode et les causes des critiques qu’elle suscite.

Base théorique

Alfred Tomatis, un oto-rhino-laryringologiste (un personnage assez médiatisé à l’époque), a élaboré des schémas (ou des éthnogrammes) qui montrent la différence entre les langues du point de vue fréquentiel et permettent d’ajuster les activités d’entraînement en fonction de la langue maternelle et de la langue cible de l’apprenant. Ils montrent quelles zones fréquentielles sont moins impliquées dans la langue maternelle des apprenants et donc quelles fréquences il faudrait renforcer pendant l’entraînement pour améliorer leur perception et prononciation de la langue cible.

Voici deux schémas qu’on peut trouver sur le site Internet de l’école Tomatis (https://tomatis-paris.fr/).

Probablement, ces schémas représentent les spectres sonores de différentes langues. L’axe des abscisses représente la fréquence (Hz) et l’axe des ordonnées l’intensité (dB). Lors de l’entretien, nous avons appris que ces schémas ont été obtenus à la base des consonnes, qui selon Tomatis, sont des éléments de langue “moins stables” que les voyelles. Les zones fréquentielles où les voyelles devraient se trouver sont mises en couleur (gris ou pourpre) sur les éthnogrammes.

Il est difficile de répondre à la question pourquoi les consonnes sont moins stables que les voyelles et ce que Tomatis sous-entend sous le terme “stable”. Nous ne connaissons pas les raisons pour lesquelles il a décidé d’éliminer les voyelles de l’analyse. Cette décision peut paraître irrationnelle, car toutes les langues se composent d’un nombre de consonnes et de voyelles et il est impossible d’affirmer que ce sont les consonnes ou les voyelles qui influencent davantage le spectre sonore d’une langue. Ce serait difficile d’obtenir des résultats fiables sur le spectre sonore à long terme sans prendre en considération un de ses éléments. Dans ce cas-là, l’analyse serait incomplète.

Comme nous avons déjà dit, ces schémas sont privés de preuve scientifique, c’est pourquoi les résultats obtenus sont souvent critiqués par les universitaires. Souvenons-nous de la recherche menée par Byrne qui a été évoquée précédemment et dont les résultats ont justifié qu’il n’y a pas de différences entre les langues du point de vue de leur spectre sonore. Donc, l’idée de pouvoir sensibiliser l’oreille à percevoir les sons dans les fréquences absentes dans la langue maternelle des apprenants semble être fausse.

Bien que les schémas obtenus soient contestés par les chercheurs, ils servent de base pour l’élaboration de la méthode de l’enseignement des langues qui apporte des résultats exceptionnels.

Il semble que le rôle majeur des éthnogrammes consiste à déculpabiliser l’apprenant, en leur montrant que leur problème de l’apprentissage des langues ne dépend pas de leurs qualités personnelles ni capacités mentales, mais des différences des fréquences de leur langue maternelle et de la langue cible. Par exemple, d’après ces schémas, nous voyons que le russe couvre une plus large gamme de fréquences par rapport aux autres langues, c’est pourquoi, d’après Tomatis, les Russes sont plus “doués” à l’apprentissage des langues étrangères. Mais évidemment, le progrès de chacun dépend de son implication dans l’apprentissage et pas seulement de sa langue maternelle ou de ses capacités innées.

Ainsi, le premier pas vers un apprentissage réussi est de motiver le stagiaire à apprendre, de l’assurer de l’efficacité de la méthode d’après lequel l’apprentissage est construit, de lui expliquer les causes de son problème du point de vue (pseudo)scientifique, de lui proposer la résolution du problème, de le persuader (mais sans aucune insistance) de faire confiance aux conseils des coachs professionnels. Il faut dire que d’habitude les stagiaires n’ont pas besoin d’être persuadés par les enseignants, car ils viennent dans ce centre étant déjà conscients de l’obtention de l’aide des professionnels grâce à de nombreux témoignages de résultats impressionnants.

Une fois cette étape réussie, les stagiaires sont prêts à s’impliquer pleinement dans l’entraînement. L’école Tomatis prouve encore une fois l’idée du rôle primordial de la motivation des apprenants dans l’acquisition des savoir-faire, dont nous avons parlé dans le premier chapitre.

Il faut dire que ces schémas ne sont pas le seul outil mis en pratique par les enseignants. Ils élaborent leur programme en fonction des difficultés concrètes de chaque apprenant en se basant sur le test d’audiométrie, dont nous parlerons plus loin.

La forme des activités grammaticales

Nous commencerons par examiner l’objet didactique grammatical « activités grammaticales » utilisé dans l’enseignement des langues. Ces pratiques d’enseignement ont pour finalité explicite de faire faire de la grammaire aux apprenants, c’est-à-dire d’accompagner la structuration de leurs connaissances/compétences morphosyntaxiques au moyen d’activités ou d’exercices systématiques, à dimension à la fois réflexive et descriptive. Ces activités sont explicitement focalisées sur les régularités morphosyntaxiques et, plus rarement, sur les fonctionnements énonciatifs et discursifs. Elles cherchent à créer des automatismes, surtout pour les phénomènes de bas niveau cognitif ( comme les variations morphologiques ) ou elles sont destinées à faire prendre conscience des diverses formes de régulation de la langue cible et de la latitude énonciative à disposition des locuteurs.

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Quelques pistes pédagogiques à explorer dans l’étude de l’album de jeunesse

Dans le billet précédent, j’ai proposé certaines activités susceptibles d’être réalisées à partir d’un album de jeunesse, j’ajouterai ici quelques unes très pertinentes dans la manière d’appréhender un album.

En effet, en parcourant quelques sites du Ministère de l’éduction nationale, je suis tombée sur celui  de Grenoble qui met à disposition des enseignants du premier degré certains albums de jeunesse, à titre d’exemple : « Je ne suis pas mignon » de J. Allen, « Tout en haut » de M. Ramos, « La princesse qui détestait les légumes » de Yann Queffelec, etc. Dans ce contexte, ce qui m’a frappé le plus, ce sont les critères privilégiés dans l’analyse de l’album.

En effet, ce qui est mis en avant, c’est par exemple « les techniques de narration et la structure de l’album ». Concernant le premier critère, il s’agit de repérer dans le récit la présence ou l’absence du narrateur en apportant des exemples bien précis. Pour ce qui est d’analyser la structure de l’album, il s’agit avant tout d’apprendre aux apprenants à comprendre le texte littéraire selon le schéma linéaire, c’est-à-dire repérer la situation initiale, décrire les événements, les actions et les péripéties, la résolution de problèmes et dégager la situation finale. Par exemple, en ce qui concerne la fin de l’histoire, il s’agit de dire aux apprenants si la situation finale est identique à la situation initiale (histoire en boucle) ou bien expliquer en quoi la situation finale est différente de la situation de départ : est-ce qu’il s’agit d’une fin heureuse, ou d’une fin ouverte ou encore d’une fin malheureuse ou ambiguë.

Dans la perspective d’enrichir cet enseignement de la littérature de jeunesse à partir de l’album narratif, l’enseignant complètera l’analyse par deux autres schémas indispensables à la compréhension de l’album :  il s’agira de travailler le schéma à séquences répétitives, en d’autres termes, revenir sur quelques épisodes du schéma linéaire et proposer des variantes. Ce principe de répétition se constate le plus souvent dans l’itinéraire progressif du personnage principal. La dernière phase de cette analyse narrative consiste à observer la mobilité des mouvements, la confrontation de points de vue et distinguer la réalité de l’imaginaire, ce qu’on appelle « le schéma en alternance. » A cet égard, Escarpit indique que : « l’album sert de véhicule à toutes les tendances littéraires, les plaçant ainsi à la portée du jeune lecteur. Mais il les aborde de manière originale, à travers la relation particulière qu’il instaure entre texte et image. » (Escarpit, 2008, p. 306)

Bibliographie

ESCARPIT  D. (2008), La littérature de jeunesse : itinéraires d’hier à aujourd’hui, Paris : Magnard.

http://www.ac-grenoble.fr/savoie/pedagogie/docs_pedas/programmation_albums/.

Bibliographie quasi-définitive

Alors que la rédaction du mémoire s’achève, je partage aujourd’hui avec vous la bibliographie, presque définitive, de mon mémoire sur l’utilisation de la pratique théâtrale en classe de FLE, et plus précisément au sein de l’université taïwanaise de Wenzao (située au Sud de l’île).  Continuer la lecture de Bibliographie quasi-définitive

Influence des caractéristiques individuelles sur le SLT de la parole. Partie 2.

L’influence de la catégorie socio-professionnelle sur le SLT

Esling a essayé de vérifier s’il existe une corrélation entre le SLT et la catégorie socio-professionnelle des locuteurs. Ayant mené une expérience auprès de 4 catégories sociales, il a découvert qu’on peut observer des différences significatives entre les SLT des gens appartenant à la classe supérieure et inférieure, aussi qu’entre ceux qui appartiennent aux couches supérieures et inférieures de la classe moyenne. (Harmegnies, 1992 : 11) C’est curieux de savoir que les gens du même sexe parlant la même langue peuvent avoir des SLT différents variant en fonction de leur milieu social. Mais il semble que ces différences ne sont pas assez significatives pour pouvoir identifier avec précision la couche sociale à laquelle la personne appartient en se basant uniquement sur son SLT, car comme comme nous avons déjà dit, il peut varier considérablement pour tous les locuteurs.

Pourtant, d’après certains chercheurs la voix des chanteurs est assez facilement identifiable, car leur qualité vocale a des caractéristiques très particulières. Il s’avère que leur spectre possède une zone fréquentielle renforcée égale à 3000 Hz. Cette zone est appelée aussi « le formant chantant », par exemple dans la terminologie employée par Janson, Stunberg, Kuwabara, etc. Le renforcement de cette zone peut être lié à la qualité supérieure de la voix des chanteurs professionnels et à la clarté de leur timbre. (ibid : 12) Il n’est pas impossible que la localisation de cette zone dépende de la catégorie des chanteurs, par exemple soprano, alto, ténor, baryton, basse, etc. Nous n’avons pas pu trouver de justification de cette hypothèse, mais ce serait curieux de le savoir.

L’influence des émotions sur le SLT

Le SLT permet non seulement d’identifier le locuteur, mais aussi ses émotions qui influent dans une grande mesure sur le SLT du locuteur et dans certains cas peuvent empêcher considérablement le logiciel de reconnaître la voix de la personne. (Harmegnies, 1992 : 12)

Afin de distinguer les états émotionnels des locuteurs, il est nécessaire d’établir un ensemble de facteurs qui influencent le SLT. Parmi ces facteurs on peut nommer les descripteurs de la qualité de la voix, c’est-à-dire l’intensité et la hauteur de la voix (ils sont appelés aussi les descripteurs de haut niveau). Ce sont les descripteurs les plus utilisés dans la reconnaissance des émotions, car ils « fournissent un niveau d’interprétation élevé ». (Clavel, Richard, 2009: 14) « L’information véhiculée par les descripteurs (de bas niveau) est moins explicite que celle correspondant aux descripteurs prosodiques par exemple, mais cette information s’avère cependant utile et est intégrée dans les modèles acoustiques construits par les algorithmes d’apprentissage. » (ibid.) Tous ces descripteurs peuvent être analysés soit sur la durée des syllabes, mots voire phrases, soit sur les fenêtres du spectre de la durée égale.

Prenons l’exemple du changement des paramètres de haut niveau dans l’état de colère. D’après Stevens et Williams, la tension des basses fréquences (125 Hz) diminue quand le locuteur est stressé ou en colère, tandis que la tension des hautes fréquences augmente dans cette situation par rapport à l’état normal. Ce qui est le cas inverse pour l’état de tristesse où la distribution de l’énergie dans le SLT est inversée par rapport à l’état de colère. C’est-à-dire que le SLT d’une personne dans l’état de tristesse manifestera une plus grande accumulation de l’énergie dans les basses fréquences. (Harmegnies, 1992: 12)

Lors de l’identification des émotions les chercheurs font souvent l’analyse du contenu voisé ou non voisé, particulièrement les caractéristiques prosodiques. Il s’agit des catégories des « manifestations non verbales telles que des respirations plus fortes, des cris » souvent accompagnées par des modifications physiques (ex. tremblements de la voix, etc) causées par un état émotionnel extrême. (Clavel, Richard, 2009 : 15)

Il paraît que les émotions éprouvées par le locuteur puissent être déterminée indépendamment de la langue qu’il parle. Il semble que même si les caractéristiques prosodiques (surtout l’intonation qui est un marqueur significatif de l’état émotionnel) des langues varient considérablement, les zones fréquentielles renforcées dans l’état de colère, de stresse ou de joie devraient être semblables, parce que les émotions éprouvées étant un facteur humain ne sont pas en corrélation avec la langue parlée par le locuteur.

L’influence des pathologies vocales sur le SLT

Il s’avère que le SLT est en lien direct avec les pathologies vocales. Harmegnies donne un exemple de l’expérience de Fritzel qui a enregistré le SLT d’un patient souffrant d’una atrophie des muscles laryngiens. Il a constaté que la tension de la F0 est plus importante que de la F1 et que la F2 augmente un peu en tension par rapport à la F1. Après la réalisation de la première expérience, on a fait des injections de Glycerol et de Téflon au patient afin d’augmenter le volume de la corde vocale atteinte. Ensuite, le patient a suivi un cycle de rééducation qui lui a permis d’améliorer la qualité de sa voix. Et finalement, lors de la réalisation du test il s’est avéré que le STL obtenu lors de la seconde expérience a considérablement changé par rapport à la première. Les chercheurs ont observé une hausse globale en tension de son spectre, notamment de la F1 et F2. Cette expérience a prouvé que le SLT peut être utile pour le diagnostic et le traitement des pathologies vocales. (Harmegnies,1992 : 21)

Conclusion

Toutes les recherches analysées ci-dessus justifient le fait que la langue parlé par le sujet n’a que des effets mineurs sur son SLT. Cela veut dire que les langues n’ont pas de différences du point de vue de zones fréquentielles impliquées. Pourtant, le SLT varie considérablement en fonction du locuteur lui-même, de sa propre manière de parler. Les chercheurs ont constaté également qu’il y a une corrélation entre le SLT et le sexe de la personne, son niveau social, sa profession (pour les chanteurs), son état psychologique, la présence des pathologies vocales.

Bibliographie

Clavel C., Richard G., “Reconnaissance acoustique des émotions”, Système d’intéraction émotionnelle, chapitre 1, p.11-39, 2009.

Harmegnies B., “Les sources de variation du spectre à long terme de parole : revue de la littérature”, Acoustique Canadienne, Vol.20, №2, p. 9-35, 1992.

Influence des caractéristiques individuelles sur le SLT de la parole. Partie 1.

Dans le billet précédent, j’ai mentionné l’étude de Byrne et ses collaborateurs qui avaient constaté que les langues n’influencent pas (ou presque pas) le spectre à long terme (SLT) de la parole. Je pense que ce serait intéressant de savoir quels sont les facteurs qui peuvent influencer le SLT et dans quelle mesure. Je mentionnerai ici quelques recherches scientifiques qui ont permis de les identifier.

Afin de trouver une corrélation entre les facteurs influençant le SLT, Lauret (Lauret,1998) a mené une expérience en analysant le SLT de 8 locuteurs (4 locuteurs anglais et 4 locuteurs français, 2 hommes et 2 femmes pour chaque langue). Les sujets étaient censés lire deux textes de la même longueur en français et en anglais (une fois en langue maternelle et une fois en langue étrangère). Ils étaient enregistrés dans une chambre sourde sous conditions identiques. Il est à noter que tous les locuteurs examinés avaient peu ou pas d’accent en langue étrangère.

Ayant analysé les résultats, Lauret a constaté qu’il y a une forte corrélation entre les mêmes locuteurs quelle que soit la langue qu’ils parlent et entre les locuteurs du même sexe. Cela veut dire que le SLT caractérise tout d’abord l’identité du locuteur, ensuite permet d’identifier son sexe, et finalement la langue qu’il parle.

«Nous ajoutons pour les non-bilingues que la variabilité inter-locuteurs est plus importante que la variabilité intra-locuteur quand le sujet change de langue. On peut résumer cela en: variabilité inter-locuteurs > variabilité intra-locuteur dans deux langues > variabilité intra-locuteur dans une langue.» (Lauret, 1998)

Nous voyons bien que la langue n’a que très peu d’influence sur le SLT et ne contribue presque pas à une meilleure identification du locuteur. Mais il s’avère que c’est le locuteur lui-même qui influence le SLT, ses caractéristiques individuelles. C’est pourquoi on se sert de l’analyse du SLT pour l’élaboration des logiciels de reconnaissance automatique du locuteur, car « le SLT est dit donner une bonne information sur la qualité générale de la voix d’une personne et cette qualité est ordinairement un indice stable d’identification.» (Lauret, 1998 : ) Grâce au SLT, le locuteur peut être identifié avec presque 100% de précision.

“When the learning samples are collected over a short period, it is effective to apply spectral equalisation using the spectrum average over all the voiced portions of the input speech. By this method, an accuracy of 95% can be obtained in speaker verification even after five years using statistical parameters of a spoken word.” (Furui, 1978, cité par Lauret, 1998)

Le SLT peut donner des informations significatives sur le sexe, la tranche d’âge, l’état émotionnel de la personne et d’autres détails. Ce qui n’est pas le cas pour le spectre instantané de la parole qui ne peut pas fournir d’information suffisante sur l’identité de celui qui parle, car il permet de mesurer la fréquence et l’intensité d’un son que sur une très courte durée. Il faut dire qu’une personne est incapable de prononcer un son plusieurs fois exactement de la même manière. C’est pourquoi ce serait impossible d’identifier le locuteur en se basant sur le seul/ou même plusieurs sons isolés qu’elle a prononcé(s).

Influence du sexe du locuteur sur le SLT

La plupart des chercheurs sont unanimes en affirmant que le SLT est influencé par le sexe de la personne. D’après Harmegnies, la différence majeure du SLT des hommes et des femmes se localise dans les basses fréquences. « La zone zone  de concentration énergétique des hommes est centrée entre 100 et 140 Hz, alors que dans les spectres de femmes, cette  zone  apparaît  plutôt vers  200  à  250  Hz. » (Harmegnies, 1992 : 10)

« Les  spectres  de voix  d’hommes  sont  moins  accidentés;  ils tendent  а  présenter  un  premier  maximum  de fréquence  plus  basse,  suivi  d’une  zone  de concentration  énergétique  assez  étale s’étendant jusqu’à 700  Hz  environ. En  haute  fréquence,  les  différences  sexuelles n’apparaissent guère ou s’avèrent, tout au plus, très ténues. » (ibid.)

Prenons l’exemple du SLT des voix des hommes et des femmes analysé par Mendoza et ses collaborateurs.

(Mendoza et al., 1996 : 62)

L’étude a été réalisée auprès des hispanophones (24 hommes et 31 femmes) agés de 20 à 50 ans. Les sujets devaient lire un extrait du texte « Les aventures d’Alice au pays des merveilles » pendant 3 minutes en gardant leur débit et rythme normaux, les plus naturels possibles.

Les SLT obtenu prouvent l’idées de la présence des différences entre la qualité de la voix des hommes et des femmes. Pourtant le décalage significatif se rapporte aux fréquences de 2.72-3.2 kHz et 4 – 4.96 kHz où la courbe de la voix féminine dépasse le plus la courbe de la voix des hommes, c’est-à-dire que la voix des femmes est plus intenses dans les fréquences citées. Dans certains endroits du spectre, par exemple, entre les fréquences 1.28-1.44, 2.24-2.4, 3.52-3.68 kHz, c’est la courbe de la voix masculine qui dépasse celle de la voix féminine. Le décalage maximum de l’intensité est environ 6dB. C’est ce que Byrne et ses collègues avaient constaté dans la précédente recherche analysée.

Il est à noter que les résultats peuvent varier en fonction non seulement du sexe mais aussi d’autres caractéristiques individuelles dont je parlerai dans l’article suivant.

Bibliographie

Harmegnies B., “Les sources de variation du spectre à long terme de parole : revue de la littérature”, Acoustique Canadienne, Vol.20, №2, p. 9-35, 1992.

Lauret B., Aspects de phonétique expérimentale constrastive : l'”accent” anglo-américain en francais, Thèse de Doctorat, Sorbonne-Nouvelle Paris 3, 1998.

Mendoza E., et al. “Difference in voice quality between man and women: use of the long-term average spectrum (LTAS)”, Journal of Voice, Vol.10, №1, p. 59-66, 1996.

 

Bibliographie 2.0 (style, ateliers d’écriture, Perec)

Pour la rédaction de mon mémoire – À la recherche du style en FLE : Ateliers d’écriture avec Georges Perec – j’ai eu recours à une bibliographie assez conséquente, compte tenu des différents domaines explorés ; la voici pour vous (dans sa version presque définitive), en espérant que ce partage sera bénéfique à certains.

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Comment les langues influencent-elles le SLT?

La question de la variation du spectre moyenné à long terme (SLT) en fonction de la langue maternelle des locuteurs inquiétait beaucoup les chercheurs du domaine de l’élaboration des aides auditifs pour les sourds. Ils voulaient comprendre s’il fallait ajuster l’appareil d’audition selon les caractéristiques du SLT de la langue maternelle du malentendant. Mais ils ne trouvaient pas d’unanimité à ce sujet jusqu’à l’apparition de l’étude menée par Byrne.

“Une moitié des auteurs présente en effet des conclusions accréditant l’idée d’un effet de la langue parlée sur le spectre à long terme, alors que l’autre rapporte des résultats opposés. Les expériences réalisées à Mons montrent que “la langue parlée influe, de fait, sur les caractéristiques spectrales à long terme. (…) Cet effet incontestable est cependant ténu.” (Harmegnies, Porch-Olivé, 1992, cité par Lauret, 1998)

Le but de la recherche menée par Byrne (Byrne, 1996) et ses collaborateurs consistait à comparer le SLT pour différentes langues afin d’identifier un SLT standardisé qui pourrait représenter plusieurs langues ou d’identifier les ressemblances et les différences entre les SLT des langues.

Une vingtaine de locuteurs natifs (à peu près 10 hommes et 10 femmes pour chaque langue) de 13 langues ont participé à l’expérience. Parmi les langues représentées on peut nommer l’anglais (et ses variantes), le suédois, le danois, l’allemand, le français canadien, le japonais, le cantonnais, le mandarin, le russe, le welsh, le cinghalais, le vietnamien, l’arabe.

Les sujets étaient censés lire un extrait d’un livre écrit dans leur langue maternelle. Il s’agit d’un texte simple, connu de tous et ne représentant aucune difficulté pour les locuteurs.

L’enregistrement a été réalisé sous conditions artificielles, dans une chambre sourde où l’écho ne pouvait pas se produire. Lors de l’enregistrement il est nécessaire d’assurer les mêmes conditions d’enregistrement pour tout le monde, par exemple, utiliser le même type de microphone et garder la même distance entre la bouche et le microphone, car le spectre sonore est très sensible à tout bruit et au changement de l’appareil d’enregistrement.

Ayant analysé les résultats, les chercheurs ont abouti au constat que toutes les langues sont pareilles du point de vue de leur SLT. Les spectres ne présentent que de faibles différences ne dépassant jamais 6dB, donc, l’image générale des spectres est très semblable.

Nous reproduisons ici les SLT de l’anglais britannique et du chinois établis par Byrne pour illustrer que les langues mêmes si éloignées ont les SLT très semblables selon cette étude.

(Malheureusement, l’image n’est pas nette. Mais on voit bien que la forme des spectres est très semblable. Le SLT des locuteurs de l’anglais est à gauche, du mandarin à droite.

L’axe des abscisses c’est la fréquence en Hz, l’axe des ordonnées c’est l’intensité en dB. Les points ronds représentent les hommes et les triangles les femmes)

(Byrne, 1996 : 2113, 2115)

Ils ont découvert également que la voix des hommes et des femmes (locuteurs natifs de la même langue) peut être localisée dans différentes zones fréquentielles, mais elles ne sont pas significatives non plus pour le SLT.

«D’après les auteurs, il semble clair que le SLT est largement dominé par les caractéristiques du mécanisme vocal. Même si les langues utilisent différentes voyelles et consonnes (structures formantiques), et que la fréquence d’occurrence des phonèmes diffère, ces facteurs semblent n’avoir que des effets mineurs sur le SLT. Et ces différences ne sont pas cohérentes entre femmes et hommes de même langue » (Lauret, 1998)

Le facteur majeur qui influence le SLT c’est l’individu lui-même et sa manière de parler, mais pas seulement son sexe ou sa langue maternelle.

Comme les SLT sont très semblables pour les langues analysées, il s’avère que les appareils d’aide auditifs ne nécessitent pas d’ajustement spécifique en fonction de la langue du locuteur. Cette recherche a permis également de dévoiler la fausseté de l’idée de la possibilité d’apprendre une langue étrangère par sensibilisation de l’oreille aux fréquences de cette langue. Pourtant, même aujourd’hui les acteurs commerciaux de l’enseignement des langues continuent de se servir des notions des spectres sonores des langues étrangères pour l’élaboration des programmes d’enseignement visant à ‘combler’ les différences fréquentielles entre les langues concernées.

L’idée exposée par ces centres de langue consiste à affirmer que les gens sont sourds aux fréquences des autres langues, c’est pourquoi ils rencontrent souvent des problèmes à distinguer et à produire les sons des langues étrangères et gardent un accent assez prononcé.

Bien que les théories exposées par les commerciaux soient dépourvues de base théorique prouvée scientifiquement, ce système d’apprentissage inspiré des analyses fréquencielles paraît innovant aux stagiaires et est au sommet de sa popularité. Cette méthode  permet d’atteindre des résultats impressionnants dans la production orale et dans la prononciation en langue étrangère.

Dans une des parties du mémoire, j’essaierai de comprendre les raisons de l’efficacité de cette méthode.

Bibliographie

Byrne D., et al., “An International comparison of long-term average speech spectra”, Journal of Acoustic Society of America, p.2108-2120, 1994

Lauret B., Aspects de phonétique expérimentale constrastive : l'”accent” anglo-américain en francais, Thèse de Doctorat, Sorbonne-Nouvelle Paris 3, 1998.

DIFFERENCES METHODOLOGIQUES ENTRE LES MANUELS FRANÇAIS ET CHINOIS

Les définitions du manuel sont multiples. Ce que l’on désigne sous l’appellation générique de « manuels » doit être conçu pour répondre un programme préalablement défini ( la matérialité de l’objet ), renfermer l’ensemble pédagogique des éléments constitutifs ( dialogues, textes, enregistrements, exercices, … ). Selon Henri Besse, la notion de manuels en les définissant comme « ensembles pédagogiques » qui « ne sont que des applications particulières d’une ou de plusieurs méthodes qu’ils illustrent ou exemplifient, de manière plus ou moins orthodoxe » ( Besse, 2005 : 14 ). Effectivement, l’adoption d’une méthodologie, qu’elle soit appliquée consciemment ou pas conduira à un manuel de type different de celui qui est rédigé sous l’inspiration d’une autre. Un manuel pourrait être le produit d’une ou de plusieurs méthodologies qui l’ont inspiré.

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Influence translinguistique

Tout au long de ce mémoire, nous allons nous intéresser à l’acquisition du français en tant que quatrième langue étrangère d’un individu plurilingue. Ce dernier a comme langue première le chinois et il a commencé à apprendre sa seconde langue, l’anglais, à l’âge de douze ans. Actuellement, il habite à Vancouver, au Canada, nous pouvons donc dire qu’il a recours quotidiennement à l’anglais, langue dans laquelle il possède un niveau C1 selon le CERCL. Par la suite, il a appris le japonais à l’occasion d’un séjour de trois ans au Japon. Son niveau en japonais est N1, l’équivalent du C1-C2 selon le CECRL. Il est actuellement en train d’apprendre sa quatrième langue, le français. L’apprenant a suivi environ 75 heures de cours de français à raison de deux heures et demie hebdomadaires.

Il nous a paru intéressant d’observer l’acquisition du français en tant que dernière langue en cours d’acquisition par un apprenant plurilingue. Pour cela nous avons constitué un corpus oral de trois productions spontanées enregistrées durant deux séances de cours. Il faut savoir qu’étant donné la distance entre l’enseignant et l’apprenant, les cours, qui sont des cours privés, sont réalisés via la plate-forme internet Skype.

Durant les productions de ce corpus nous pouvons remarquer différents énoncés incorrects. Toutefois nous avons décidé, dans le cadre de ce devoir, de nous focaliser sur deux points précis : l’utilisation de l’article partitif et la réalisation de la forme du participe passé et plus précisément celui du verbe du troisième groupe boire et du verbe pronominal du premier groupe se lever.

Au vu de la bibliographie langagière de l’apprenant plusieurs questionnements sont survenus : les énoncés incorrects réalisés par l’apprenant relèvent-ils d’erreurs ou de fautes ? Existe-t-il une influence translinguistique dans ces erreurs/fautes ? Quels sont les facteurs importants de ces énoncés incorrects réalisés par l’apprenant ?

Afin de répondre à ces différentes interrogations, nous poserons dans un premier temps le cadre théorique nécessaire à l’analyse des données de ce corpus. Dans un deuxième temps, nous analyserons des trois corpus. Enfin, dans un dernier temps, nous essayerons de répondre aux différents questionnements que nous nous sommes posés ci-dessus.

Protocole de recherche

Comme expliqué ci-dessus, nous avons enregistré un apprenant plurilingue durant trois séances réalisées via Skype. Durant la séance du 14 novembre 2017, l’apprenant a été enregistré lors d’une production orale spontanée qui été la réponse à la question suivante : « Qu’est ce que tu as fait hier ? ». Un deuxième enregistrement a été effectué lors de la séance suivante, en utilisant le même protocole, soit une production orale spontanée répondant à la question « Qu’est ce que tu as fait hier ? » C’est deux séances ont amenés l’apprenant à s’exprimer sur ses journées en utilisant la forme du passé composé. Aucun cours de français n’a été donné la semaine qui a séparé les deux enregistrements. Un troisième et dernier enregistrement a été réalisé par la suite. Cependant, pour celui-ci nous avons changé le protocole, c’est-à-dire, nous avons demandé à l’apprenant de décrire ses trois repas de la journée, exercice oral réalisé au présent de l’indicatif.

 

L’une de nos premières interrogations porte sur la nature des énoncés erronés de l’apprenant, soit s’agit-il d’erreurs ou de fautes ? Il nous a donc paru important de définir les notions d’erreurs et de fautes. Selon Corder, il est important de distinguer ces deux concepts dans le processus d’acquisition d’une langue, il estime que l’erreur est liée la compétence et la faute est liée à la performance :

Il nous faut distinguer les erreurs qui sont dues au hasard des circonstances de celles qui reflètent à un moment donné sa connaissance sous-jacente, ou comme on pourrait l’appeler, sa « compétence transitoire ». Les erreurs de performance seront par définition non systématiques, et les erreurs de compétence systématiques […]. Aussi sera-t-il commode désormais d’appeler « fautes » les erreurs de performance, en réservant le terme d’« erreur » aux erreurs systématiques des apprenants, celles qui nous permettent de reconstruire leur connaissance temporaire de la langue, c’est-à-dire leur compétence transitoire (Corder, 1980 : 13).

Au vu du caractère plurilingue de notre apprenant qui possède dans son répertoire langagier trois langues étrangères qu’il maîtrise à un bon niveau, nous nous sommes demandé si les énoncés incorrects ne sont pas dues à une influence translinguistique. Lüdi définie cette notion comme des transferts interlingues entre les différentes langues connues par l’apprenant sous la forme d’emprunts à la langue première ou aux différentes langues étrangères, s’accompagnant ou non d’adaptations morphophonologiques (Lüdi, 1987 : 1-21).

Intérêt d’analyser le brouillon

 

Par rapport à l’oral qui est généralement spontané, un écrit est toujours le résultat d’une série de corrections, de retours réflexifs sur le texte écrit. Dans l’écriture à procédure, nous pouvons percevoir un ordre d’écriture : de la première écrite en utilisant un brouillon à une « réécriture » sur une nouvelle copie. Nous considérons ainsi qu’il est intéressant de découvrir et d’analyser l’utilisation du brouillon de nos informateurs étant donné qu’il donne le « premier jet » du récit. Fluctuant sur les plans sémantique et syntaxique, le brouillon est à estimer comme un discours in statu nascendi, c’est-à-dire un discours en cours de construction, dans lequel nous espérons pouvoir mieux comprendre l’influence translinguistique dans l’acquisition des déterminants du français par les traces visibles de l’élaboration du texte. Lorsque nos scripteurs modifient ses textes par des différentes modifications, telles que la suppression, l’ajout, le déplacement et la substitution, ils se placent dans une position métalinguistique. Au sein de cette partie, nous présenterons dans un premier temps, le terme « brouillon » ; nous étudierons dans un deuxième temps certaines recherches précédentes et nous analyserons dans un troisième temps les brouillons de nos informateurs.

 

Présentation du terme « brouillon »

 

Il est ardu de définir le terme « brouillon ». Selon des définitions usuelles[1], Pierre-Marc de Biasi propose une définition génétique : « Le brouillon désigne un manuscrit de travail écrit avec l’intention d’être corrigé pour servir à la rédaction ou à la mise au point définitive d’une texte » (Biasi, 1998 : 1). Pourtant cette définition reste assez restreinte dans la mesure où elle met en avant le processus rédactionnel. Certains chercheurs insistent plus strictement sur la fonction opératoire. Philippe Lejeune entreprend ce travail définitionnel par une voie de la médiation poétique : « J’aime le mot “brouillon”. C’est un mot écolier, un mot gentil. Il hésite entre brouillard et bouillon. Un brouillon c’est provisoire, ça n’engage pas, on en fait tant qu’on veut, de quoi remplir la corbeille à papier de la vie » (Lejeune, 1998 : 1). Entre « bouillon » et « brouillard », le brouillon est comme une entité hybride : objet « dynamique et mouvant » (Fabre, 1990), il est forcément un objet « provisoire ». L’explication du terme « brouillon » proposée par Lejeune ment en valeur deux aspects différents. Premièrement, elle souligne sur sa matérialité. En effet, le brouillon est avant tout un objet concret qui présent particulièrement dans le contexte scolaire. Deuxièmement, le brouillon concerne d’un processus en cours dans l’activité d’écriture. « Il est le signe de l’activité métalinguistique qu’opère le scripteur lorsqu’il écrit » (Mounier, 2016 : 7).

[1] Dictionnaire Robert : « Ce qu’on écrit d’abord avec l’intention de le corriger par la suite ». Grésilllon A, Eléments de critique génétique, PUF, 1994, p. 241 : « manuscrit de travail d’un texte en train de se constituer ; généralement couvert de ratures et de réécritures ».